Comment apprendre l'arabe ?

On ne doit pas confondre arabe littéral (qui s'écrit d'après une norme précise) et arabe dialectal (oral, peu écrit et très varié), entre arabe moderne, dont l'évolution depuis le XIXème siècle est très sensible, emprunt parfois d'influences différentes ici ou là, et arabe classique ou médiéval, lui-même d'une grande variété selon les époques et les régions, entre arabe courant (presse, médias, livres) et arabe littéraire (style recherché, soutenu). Les termes "coranique" ou "standard" pour qualifier la langue n'ont pas beaucoup de sens ou sont souvent mal employés.

Aspirer à maîtriser tous ces registres est synonyme de projet de longue haleine, de longues années. Ce n'est pas le cas s'il s'agit de se familiariser avec un dialecte (un séjour d'un an dans le pays choisi suffit pour avancer considérablement). L'arabe littéral moderne est plus rapide à acquérir que l'arabe classique.
Se fixer un objectif est essentiel pour ne pas gaspiller ses chances et sa motivation.

Trois choses à éviter à tout prix :

1. l'utilisation de la transcription phonétique, même au début et même ponctuellement, aussi bien pour le littétral que pour le dialectal. C'est une pratique stupide qui a pris cours à une certaine époque quand les techniques d'impression ne facilitaient pas la composition en deux systèmes graphiques différents. Par exemple, écrire "al-lugha al-carabiyya" pour dire en arabe "la langue arabe" est une absurdité qui ne doit plus exister. La raison du rejet que nous faisons de cette approche sauvage est simple : pour se souvenir d'un mot, le cerveau a besoin de l'associer à une image. Si cette image vient spontanément en caractères latins, cela affaiblit sa reconnaissance à l'écrit sur un support arabe.

2. l'utilisation des voyelles brèves. Là aussi, la raison est évidente. Les voyelles en général sont un point critique pour l'apprentissage de n'importe quelle langue. Matérialiser les voyelles brèves par un signe conduit souvent les francophones à ne plus distinguer voyelle longue et voyelle brève. D'où des fautes d'orthographe que les arabophones ne commettent jamais.

3. commencer par un dialecte avant d'aborder le littéral ou commencer les deux en même temps. Il est primordial de commencer par l'arabe écrit commun à tous les pays arabes et une fois les premières bases acquises (ici, les 7 premiers chapitres), une ouverture vers les dialectes pourrait s'opérer progressivement. Le transfert du littéral vers le dialectal doit s'effectuer sur les points communs à tous les dialectes. Ensuite, le contact avec un dialecte donné permettra à l'élève de repérer lui-même les précisions nécessaires.

Dans les trois cas, il s'agit d'un danger réel qui conduit inéluctablement à la stérilisation de l'apprentissage. Malheureusement, il s'agit là d'habitudes répandues, tolérées par laxisme, voire par intérêt commercial.

On ne saurait assez dire qu'il faut faire confiance à sa mémoire phonétique, la cultiver par un entraînement quotidien, comme pour toute autre langue. Il faut se familiariser très vite avec l'alphabet arabe, en multipliant les exercices de lecture et d'écriture (dictée, auto-dictée, lecture avec écoute...) jusqu'à la disparition de toute confusion entre les caractères arabes et les fautes simples d'orthographe.

Les voyelles brèves ne sont d'aucune utilité au début. Elle peuvent servir dans une étape ultérieure quand il s'agira de travailler sur des poèmes classiques, par exemple, ou sur des textes sacrés que l'usage a voulus toujours vocalisés.

Aucun journal arabe d'aujourd'hui, ni site sur l'Internet, ni aucun livre (à part de très rares exceptions, comme certains ouvrages religieux) ne se présente avec des textes vocalisés.

Apprendre seul, en classe, avec quelle méthode, à quel âge... ?

Il n'y a pas d'âge pour apprendre une langue. Les adultes peuvent même aller parfois plus vite que les enfants grâce à leur capacité d'observation, de comparaison avec leur langue maternelle ou avec les autres langues étrangères qu'ils connaissent.

Apprendre seul est risqué. Peu de méthodes sont vraiment conçues pour une utilisation autonome. Une démarche solitaire est souvent synonyme de mauvaises habitudes, difficiles à corriger par la suite, et surtout d'une lassitude qui pointe à l'horizon. Il vaut mieux intégrer un groupe, même dans de mauvaises conditions, pour bénéficier de la proximité d'un enseignant, bien qualifié si possible.

Les méthodes d'arabe pour francophones sont nombreuses, trop nombreuses. Certaines sont très mauvaise. Aucune n'est parfaite. Tout dépend de l'utilisation qu'on en fait. Le meilleur utilisateur d'une méthode, comme enseignant, est son auteur. De plus, chaque étudiant, chaque groupe peut avoir des besoins et des atouts différents. Il sera toujours nécessaire d'adapter les outils selon le déroulement de la formation. C'est dans cet esprit qu'a été conçu le manuel en ligne "Les bases de l'arabe en 50 semaines". Il repose sur une méthode mais sa diversité vise à mettre à la disposition des étudiants un maximum d'outils utiles. D'autres sont toujours disponible sur le site de l'auteur : http://www.al-hakkak.fr.

Comme il est dit plus haut, il faut exclure l'usage barbare de la transcription phonétique en caractères latins. L'assimilation de la graphie arabe nécessite un long entraînement du regard et des doigts. Toute interférence avec d'autres types d'écriture (phonétique ou traduction) perturbe et ralentit l'apprentissage. Cela concerne aussi les voyelles brèves, légitimes uniquement dans un dictionnaire ou sur un terme sensible, ou en index lexical. L'illusion d'apprendre vite grâce à ces voyelles est une des plaies de l'enseignement de l'arabe. Il faut l'éviter à tout prix. Un enseignant qui a recours à la vocalisation systématique est en situation d'échec inéluctable, lui et ses élèves.

 

Ghalib Al-Hakkak Agrégé d'arabe,
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne